Léopoldine papier - 1000 ans et des poussières

La Compagnie Léopoldine Papier entremêle l'imaginaire du conte et la poésie du papier à travers des contes, des livres géants en POP-UP, des sculptures sur papier, de l'origami....

 

Note d'intention
Être en pleine lumière et n'avoir plus rien à raconter. Être une conteuse sans conte devant un
public prêt à recevoir, c'est être au mauvais endroit, au mauvais moment mais avec les bonnes
personnes. Pour justifier la présence de la conteuse et du public de part et d'autre de la lumière, il faut
trouver une histoire à raconter.
Mais pourquoi ne pas partir, ne pas admettre qu'il n'y a plus rien à dire ? Car il y a la tentation de
plaire, le désir de faire plaisir. Nous voulons toujours plus d'histoires - c'est le cas du public, sinon il ne
serait pas là - nous voulons toujours plus de temps - c'est le cas de la conteuse, qui elle, est là -.
A l'origine de ce spectacle il y a une accumulation de contes, d'idées, de désirs. Tant de notes et
de cahiers que je ne savais pas par où commencer. Paradoxalement, ce n'est pas l'angoisse de la page
blanche qui a nourri « 1000 ans et des poussières » mais l'inverse : le sentiment d'avoir trop à dire et de
manquer de temps pour l'exprimer. J'ai eu envie de prendre le contre-pied de ce trop-plein d'idées en
faisant un spectacle qui s'articule autour du vide. Mais n'avoir plus rien à dire, c'est déjà avoir quelque
chose à raconter... et ceci sera la ligne conductrice de « 1000 ans et des poussières ».
Ce spectacle est un travail sur la forme même du conte. Les contes classiques européens ainsi
que les contes traditionnels africains m'ont donné envie de me détacher de cette tradition du conte. Ceci
explique pourquoi j'ai choisi d'incarner une conteuse qui n'a plus d'histoire à raconter, pourquoi les
personnages que j'invoque empêchent le bon déroulement de l'histoire au lieu d'y contribuer... L’oeuvre
romanesque d'Eric Chevillard, le travail de l'OULIPO ou encore le théâtre de Jean Tardieu, et
notamment La comédie du langage, ont alimenté mon désir de jouer avec les structures traditionnelles
de la narration, du récit et avec les attentes du spectateur.
Pour l'aspect visuel de « 1000 ans et des poussières », je me tourne vers la matière papier, mon
domaine de prédilection. Je vais travailler avec lui et à partir de lui. Je travaille avec lui pour créer des
grands livres en pop-up et des décors, mais, pour la première fois, je vais m'amuser avec lui en le
tordant, le déchirant, le manipulant. Il va s'agir de jouer avec cette matière. Enfin, je vais chercher du
côté des bruits propres au papier et à la musicalité qu'il propose. Cette recherche se fait en étroite
collaboration avec Yann Benard, compositeur lyonnais.
Une attention toute particulière est apportée à l'esthétique de ce spectacle. En effet, je souhaite
qu'il soit fait d'images poétiques. Ces images-là passent par un travail sur la création lumière et sur
l'occupation de l'espace scénique. On ne cherche pas ici à l'occuper en permanence et dans son entièreté
mais davantage à avoir une occupation déséquilibrée pour rythmer le spectacle et jouer, encore une fois,
avec les conventions. Ceci se fait à l'aide de deux metteurs en scène, Bruno Thircuir et Charlotte
Meurisse, qui apporteront leur regard extérieur tout au long de la création.
Jouer avec les conventions, proposer un travail poétique et une esthétique axée sur le papier,
mais où tout cela mène-t-il si on passe son temps à dire qu'on n'a plus rien à dire ? Je me dois de vous
rassurer : la conteuse finira pas trouver une histoire à raconter ! Mais cette histoire sera sans parole. Là
où les mots peuvent parfois enfermer, là où ils sont parfois impuissants, une histoire muette est une
passerelle au-dessus du vacarme. Le silence n'a ni début ni fin, il ouvre un espace immense ; le temps
n'a plus cours et les possibles sont multiples. C'est un conte en théâtre d'ombre qui viendra illustrer cette
histoire sans parole. Comme un retour à l'essentiel, au minimaliste pour transmettre en toute simplicité.
Cette dernière histoire a pour thème le monde végétal, on s'écarte des princes et princesses chers aux
contes européens, on s'éloigne des animaux chers aux contes africains pour se perdre, le temps d'un
conte dans les forêts et la splendeur du monde floral.
Face à ceux qui voudraient encore quelques mots pour conjurer le vide, face à ceux qui devant
1000 ans demanderaient encore quelques poussières de temps, ce spectacle ouvre ici l'espace infini des
ombres muettes et offre une histoire sans voix pour mieux voir.
Caroline Dormany

COMPAGNIE
SPECTACLE
1000ans et des poussières/Sortie de résidence
  • Le vendredi 13 septembre 2019 à 18:30
    La Navette/Saint Laurent en Royans
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